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La haut
Montagne Alternative s’efforce de mettre en valeur un site de montagne exceptionnel : Commeire. Il redonne vie à un village accroché à la pente face au soleil, il tisse un nouveau réseau de parcours et de rencontres entre les constructions et les vues lointaines, il réhabilite de magnifiques granges pour y faire entrer le panorama et il offre aux amoureux de la nature et de la montagne qui montent jusque là, un monde authentique. Ici tous les sens sont en éveil et l’architecture s’en inspire.
Le village et les granges
Ça commence par le silence, au bout de la route le vieux village s’esquisse. Il est perché sur la pente, toujours en plein soleil et n’est traversé que par le pas des hommes qui ont remplacé celui des vaches.
Et puis c’est la couleur, le bleu du ciel découpe les crêtes vertes ou celles des cimes toujours blanches. Elles sont autant de vues lointaines qui vont pénétrer les intérieurs et inspirer le nom des granges : « Le Six-Blanc », « Le Barbey », « Crêta de Vela » ou encore « Le Rogneux ». La couleur encore, plus proche, celle de la pierre naturelle mise œuvre à sec et celle des vieux madriers tour à tour noirs, roux ou gris selon l’orientation et le soleil qu’en tant de temps ils ont reçu ; celle de la mousse encore, verte ou rouge qui colonise lentement la pierraille.
Et puis encore, c’est la matière, belle, rude, solide, patinée par le temps et ses empilements qui sont réduits à l’essentiel, à la simplicité. Dans la pente c’est la pierre qui résistera aux charges et à l’eau, au-dessus l’enchevêtrement savant des madriers et enfin le toit de bardeaux.
Et puis encore, toujours, ce sont les proportions. Celles que notre œil a appris à aimer, des proportions issues des dimensions même du bois et des efforts statiques.
Le projet
Pour que ces constructions restent au moins aussi belles que celles bruts et à moitié en ruine qui nous ont alors tant fascinés, l’intervention architecturale est radicale. Il s’agit de tout conserver parce que c’est si beau et de tout transformer parce que c’est si nécessaire à la vie des hommes et à la survie des granges, comme un doux partage, comme faire alors d’une pierre deux coups.
Ainsi les socles de pierres sont restaurés, drainés et renforcés, les parois de madriers sont redressées, les charpentes remontées, tous les bois sont conservés nettoyés et les planchers mis à nu. Parfois, en sous-œuvre des hauteurs sont regagnées sur le terrain pour loger les techniques au sous-sol, mais ce qui émerge grade toutes ses dimensions d’origine, malgré les nouvelles épaississeurs d’isolation, malgré la folle envie des hommes de toujours gagner de la place.
A la radicalité des constructions d’origine réduite à deux seuls matériaux le bois et la pierre la nouvelle intervention ajoute le verre. Avec un même absolu les vitrages seront tous grands, presque carrés pour prendre place dans les pans de madrier avec un grand équilibre. Ces ouvertures sont toujours décalées pour renforcer les pans de bois et conserver l’harmonie des élévations. Dans les madriers des fentes sont également ménagées, elles sont, vues de l’extérieur, imperceptibles ou dans l’esprit des greniers. A l’intérieur, elles permettent la visibilité du madrier lui-même à travers un vitrage, elles offrent la lumière diffuse, la ventilation et permettent des points de vue sélectifs sur le village ou tel sommet.
A l’intérieur, les grands ouvertures carrées, à l’échelle de l’homme, ont trois vies : dans les grands espaces de séjours, à distance, elles forment le cadre d’un véritable tableau peint sur le vitrage par les cimes blanches, le gris des ravins et le vert des monts ; plus proche, elles mettent l’homme debout dans le paysage, le cadre disparaît et seul la protection du vent et du froid contiennent l’illusion, parfois un faucon crécelle trace une flèche dans le ciel, parfois un cerf sorti du bois s’avance lentement ; plus proche encore ou immobile, ou assis peut-être, c’est cette fois le paysage tout entier qui pénètre l’intérieur même de l’espace, comme un effet de zoom. Alors c’est la place de l’attente, d’un très grand calme, de la contemplation.
Le respect des constructions et leurs interprétations sont basés sur les qualités d’authenticité repérées qui sont en relation avec des éléments naturels et leur transformation. De la même manière les technologies douces mises en place pour le confort des utilisateurs s’appuient sur la nature pour se chauffer grâce à l’apport du solaire thermique qui profite ici d’un très fort rayonnement et du bois de feu brulé dans des cheminées de salons à haute capacité de récupération.
Ces granges sont redevenues autonomes, elles sont restées authentiques, elles ont acquise la lumière et le paysage, elles sont sauvées des outrages du temps et désormais accueillent l’homme dans des conditions de confort contemporain et l’invite au silence.
Patrcik Devanthéry – Architecte
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